
Recomposition urbaine du quartier médiéval de Saint-Valier et éligibilité RHI THIRORI
Le centre-ville de Saint-Girons fait face à une crise urbaine dont les manifestations sont particulièrement prégnantes. Ses quartiers anciens se paupérisent dans un contexte de développement de stratégies spéculatives multipliant le nombre d’habitants captifs de cette dynamique. Il s’en suit alors une dégradation profonde du tissu bâti, un délaissement des espaces publics et des fermetures commerciales à répétition, résultat d’un véritable cercle vicieux de dévitalisation. L’insuffisance des investissements publics dans le centre historique se combine par ailleurs à la croissance d’une offre peu diversifiée de logements en périphérie, entérinant ainsi un processus très préjudiciable de l’habitat. Dans un projet de requalification de centre ancien, une certaine maîtrise du parc privé conditionne indéfectiblement l’aménagement de quartier entier, malgré la mise en œuvre d’un urbanisme. Pour modifier cette trajectoire historique, la commune de Saint-Girons et la communauté de commune Ariège Pyrénées ont déployé un processus itératif entre programmation bâtimentaire et conception d’espaces publics visant à faire converger requalification du parc immobilier, implantation de nouveaux usages et projet urbain dans et autour du quartier St-Valier. La réponse décidée à la spirale d’insalubrité et de paupérisation de ce quartier médiéval assemble divers leviers urbains, architecturaux et programmatifs subtilement articulés pour lui rendre ses lettres de noblesse.
Naturellement, ce projet s’inscrit dans son grand territoire et paysage pré-pyrénéen, en s’appuyant notamment sur la reconquête des berges du Salat, infrastructure paysagère de premier ordre, ainsi que sur les ouvertures visuelles depuis le quartier dense. Logiquement, il réactive son centre de gravité historique à la croisée des axes pluriséculaires en s’inscrivant dans la trame du « Cardo Decumanus Maximus » de la ville ancienne par des aménagements de sols hiérarchisés. Volontairement, il redéploie son parc de logements et développe ses services en réponse aux besoins locaux de la population de la ville et de ses 17 vallées. La percée d’une venelle parallèle à la rue Saint-Valier, entre deux places elles même auparavant « curetées » dans le vieux tissu urbain intra-muros, permet l’amélioration de l’habitabilité du lieu. Celle-ci est accompagnée par la libération des sols de pleine terre, la reconversion de nouveaux vides en jardin privés ou publics, ainsi que par la nouvelle offre d’ensoleillement et de doubles orientations dans le tissu aux immeubles restants. Subtilement, il valorise le patrimoine bâti et la trame du site à travers des interventions dans la mesure, en adéquation avec son palimpseste cadastral et sa riche histoire. Ceci en maintenant les alignements de rue de la trame urbaine originelle notamment par des murs reconstruits ou façades préservées en limites de nouveaux vides. Prudemment, la désimperméabilisation des sols vient mieux drainer un secteur urbain dense, fortement soumis au risque d’inondation ; tandis que l’atténuation du risque pour les bâtiments se traduit notamment par l’élévation de certains RDC des ERP ou des programmes en RDC moins vulnérables. Pragmatiquement, il construit un récit plausible pour la réhabilitation du lieu.
La recomposition urbaine en centre ancien, la résorption de l’habitat insalubre (RHI), le traitement de l’habitat indigne remédiable et le montage d’opération de restauration immobilière (THIRORI) composent un tout complexe à incorporer dans le projet. Un fin processus itératif entre concepteurs et programmistes, mobilisant notamment une table attributaire géolocalisée et partagée, s’avère indispensable. Dans des logiques singulières de fabrication de la ville, c’est-à-dire un urbanisme d’opportunité, d’interventions en dentelle sur le long terme, il s’agit de trouver un équilibre fragile entre les intérêts des différentes parties prenantes, les contraintes financières inhérentes aux quartiers anciens dégradés, les risques d’inondation, la préservation du patrimoine bâti, paysagé et archéologique, les problématiques sociales des habitants, et la justesse du projet urbain dans l’espace et dans le temps.
