













Résorption de l’habitat indigne à Pamiers
À Pamiers, le patrimoine architectural s’est cristallisé autour d’une évolution typo-morphologique singulière, héritée d’un Moyen Âge où la ville s’organisait en «barris» (quartiers) et d’un réseau hydraulique puissant qui a dicté la forme urbaine. Ce pôle structurant de l’Ariège a vu se développer un parcellaire en lanière, étroit et profond, initialement conçu pour optimiser le linéaire de vitrines sur les rues commerçantes tout en maximisant la densité bâtie. C’est ainsi que s’est développée la rue Gabriel Péri assumant son statut de « cardo » commercial, orienté vers Toulouse au Nord et les Pyrénées au Sud. Depuis plusieurs décennies ce patrimoine, témoin d’une prospérité ancienne, s’est retrouvé délaissé et déclassé au profit des extensions péri-urbaines. Si ces structures représentent une opportunité d’exception pour le maintien du parc de logement, le coût de leur réhabilitation est synonyme d’abandon par les acteurs privés. C’est dans ce contexte que la municipalité en partenariat avec la Communauté de Communes des Portes d’Ariège Pyrénées a entrepris la mutation de deux îlots : l’îlot « Manzana » à l’angle des rues Gabriel Péri et de la rue Camarade, et l’îlot « EPFO », ouvert sur la rue G. Péri d’une part et la rue Lakanal à l’arrière. Le constat sur place révèle un tissu en souffrance, marqué par une dégradation avancée. Le projet de calibrage intervient alors pour structurer une réponse opérationnelle globale, s’appuyant sur un diagnostic précis afin de mobiliser les financements RHI-THIRORI nécessaires à la résorption de l’habitat insalubre.
Considérant ces données techniques, le projet s’est stabilisé autour de ses invariants, visant à réinsérer du logement au travers d’une action projectuelle de curetage, d’aération et de dédensification en « dentelle ». L’identité spatiale et la morphologie du bâti initial organisent ici les arbitrages entre conservation et démolition sélective, avec pour priorité le maintien des alignements et la restauration des façades étroites, hérité du tissu ancien appaméen. En intervenant stratégiquement par les cœurs d’îlots, le projet réinsèrent patios et jardins, ramenant l’air et la lumière au centre de la parcelle. Ce travail dans l’épaisseur permet de transformer la densité subie en une qualité de vie retrouvée, tout en respectant l’ordonnancement et la sobriété de l’ensemble architectural existant. La programmation recherche une certaine mixité sociale de profils et de ménages à venir en réponse à la variété bâtie et aux opportunités spatiales et urbaines. Des maisons avec jardins allant du T3 au T5 prennent place principalement au sein de l’ilot manzana. Dans l’ilot EPFO, des petites typologies d’appartements avec balcon allant du T1 au T2 viennent elles, répondre à un besoin réel dans ce quartier, en complémentarité des opérations voisines en cours ou terminées. Ces petites typologies offrent par ailleurs l’opportunité d’attirer des ménages dont les modes de vie limitent l’usage de la voiture, évitant ainsi d’ajouter une pression de stationnement dans un tissu dense où l’espace à la parcelle est quasiment inexistant.
La recomposition urbaine en centre ancien, le traitement de l’habitat indigne et le montage d’opérations THIRORI composent un tout complexe à incorporer. À la complexité des enjeux de préservation s’ajoutent des contraintes procédurales, techniques et financières intrinsèques au site, faisant de la mise en œuvre d’une ingénierie opérationnelle transversale la condition sine qua non à la réussite durable de ce projet.
